Ce billet à fait l'objet de quelques réactions très intéressantes. Il est donc vivement conseillé de lire attentivement les commentaires le concernant, ceux ci amènent notamment quelques compléments et ou correction au billet original. De plus, la discussion concernant les formats de diffusion de la vidéo sur le web peut être poursuivie ici.

Comme je le disais il y a quelques instants, Nerik un collègue gobelinois, tentait de me convaincre des bienfaits de Flash dans un récent commentaire en s'appuyant sur les efforts fait par Adobe en termes d'accessibilité et en énonçant le fait que Flash devrait être utilisé plus souvent en terme d'applicatif notamment à la place de technologies comme AJAX dans des Netvibes, Gmail et autres Google docs . Enfin celui ci s'appuyait sur un article du sacro-saint "A List Appart" pour me prouver tout le bien qu'il pense de Flash.

L'article en question, intitulé Semantic Flash: Slippery When Wet traduisible en quelque chose qui se rapprocherait de : "Le flash sémantique : un terrain glissant (quand il est humide)", doit donc nous permettre, à travers quelques exemples, de prouver tous les bienfaits du Flash.

Malheureusement, la vérité est toute autre, et je vais donc m'appuyer sur les exemples de l'article "A List Appart", pour montrer en quelques points, ce que je reproche à Flash aujourd'hui. Toutefois ma connaissance de Flash n'est en rien parfaite et j'invite donc mes lecteurs à me corriger en cas d'oublis ou d'erreurs de ma part. Let's start...

Le sIFR

Le premier exemple donné par cet article est celui du sIFR . Cette technique permet d'utiliser n'importe quelle police dans un document HTML grâce à la traduction (côté client en Javascript), du texte servit en flash côté serveur.

Cette utilisation du Flash n'est pas la plus mauvaise de celles détaillées dans l'article, en effet la nouvelle version de sIFR semble accessible sur la majorité des systèmes d'exploitations (notamment Linux) depuis sa version2 et le texte est affiché également (dans la police par défaut) si le javascript est désactivé (Unobstrusive Javascript). Reste le problème de la sémantique, un titre en SIFR revient à quelque chose dans ce gout là :

<h1 class="sIFR-replaced">
<a href="http://www.mikeindustries.com/blog/files/sifr/2.0/vandenkeere.swf" class="abp-objtab visible" style="left: 700px ! important; top: 65px ! important;"/>
<embed width="700" height="65" src="vandenkeere.swf" quality="best"
flashvars="txt=<a href=%22asfunction:_root.launchURL,0%22>The Gothic Times</a>&textalign=center&offsetTop=6&textcolor=#000000&hovercolor=#CCCCCC&linkcolor=#000000&w=700&h=65&sifr_url_0=http://www.mikeindustries.com"
wmode="" bgcolor="#FFFFFF" sifr="true"
type="application/x-shockwave-flash" class="sIFR-flash" style="width: 700px; height: 65px;"/>
<span class="sIFR-alternate">
<a target="" href="http://www.mikeindustries.com">The Gothic Times</a>
</span>
</h1>

Le moins que l'on puisse dire c'est que l'on a déjà vu plus light pour un simple titre (d'autant plus qu'il faut rajouter à cela un script javascript). Alors certe, des belles polices c'est joli tout plein mais si c'est au dépend de la lisibilité, de la sémantique, de la légèreté du code, je préfère m'en passer.

Le slideshow

Le deuxième exemple donné par cet article est celui d'un slideshow en Flash facile à utiliser et à installer. L'article oublie tout de même de vous préciser qu'il vous en coutera 25$, mais ce n'est pas ce que je reprocherais à ce slideshow. Mais comme les Linuxiens le disent souvent à propos de Windows, je dirais à propos de ce script, il y a mieux, mais c'est moins cher. Je me contenterais donc d'une alternative javascript, toute aussi jolie, gratuite et non dépendante d'un plugin propriétaire. Je citerais par exemple, les superbes slideshow de jondesign.

Le lecteur d'écran

C'est la partie de l'article "A List Appart" la plus regrettable, en effet on vous y apprend que Flash peut détecter un lecteur d'écran et on vous propose un lien qui vous explique fièrement :

If you want to provide alternative content for screen reader users, you could use a Flash movie to detect the presence of a screen reader and redirect appropriately.

que je traduirais approximativement par quelque chose comme :

Si vous souhaitez proposer un contenu alternatif pour les visiteurs utilisant un lecteur d'écran, vous pouvez utiliser du Flash afin de détecter la présence d'un lecteur d'écran et rediriger de manière appropriée.

L'initiative était louable, malheureusement au lieu de favoriser l'accessibilité, cette astuce la bafoue complètement.

En effet, le code proposé ne fonctionnera que si le lecteur d'écran utilisé est soit Windows-Eyes, Jaws, ou IBM screen reader. Malheureusement, un contenu accessible est par essence accessible à tous, même si votre lecteur d'écran est différent, et ils sont nombreux.

De plus, l'idée me de proposer un contenu alternatif est anti-accessible, je citerais un des gourous de l'accessibilité web, en France, membre actif de l'excellent projet Opquast (qu'il va falloir que j'utilise pour ce blog d'ici peu) à savoir Laurent Denis :

Il ne s'agit en aucun cas de décliner un contenu sous différentes formes spécifiques visant telle ou telle série de handicaps, mais à l'inverse de structurer de manière unique le contenu de sorte qu'il puisse être exploité par les différentes aides logicielles et configurations utilisateurs.

Vous l'aurez donc compris, si le but de cette technique était de rendre Flash plus accessible, c'est raté.

Les Blockbusters

Par la suite, l'article s'appuie sur des exemples d'utilisation de Flash par les grand groupes que sont Yahoo et Google au sein de leurs produits (FlickR,Yahoo maps, Google Analytics).

Pour les deux premiers, je ne vois encore une fois pas d'avantage au flash, les seuls usages de Flash que j'ai vu dans FlickR sont liés au diaporamas de photos, qui pourraient aisément être remplacés par un système en javascript comme décrit plus haut. Pour ce qui est de Yahoo Maps, qu'apporte-t-il de plus par rapport à la version Google sans flash, à part des soucis de compatibilité avec certaines plateformes (64bits) ou certains systèmes d'exploitation.

Pour Google Analytics, les choses sont différentes. En effet, le service n'est pas destiné à un public aussi large que FlickR et Yahoo maps et les personnes désirant utiliser Google Analytics sont plus susceptibles d'être au courant des problèmes d'accessibilité dûs au Flash.

De plus, l'usage qui y est fait n'est à ma connaissance pas remplaçable par une technologie ouverte. (La génération des graphiques au format image est possible côté serveur mais quid des réactions au click sur une partie précise d'un graphique? ).

Dans ce cas, j'admets donc que Flash semble être la technologie la plus appropriée.

Les reflets

Enfin , l'article démontre comment le flash peut être utile pour ajouter un effet de reflet à la mode Web2.0 sous vos images, là encore, la démonstration échoue, l'utilisation du flash casse la sémantique de la page.

Les images ne disposent plus d'un lien fixe pouvant être utilisé par l'internaute pour lier cette image ailleurs que dans son contenu principal. De plus un effet aussi simple peut être obtenu de manière beaucoup plus aisée et sémantique avec des bibliothèques javascript comme reflection.js.

Conclusion

Ouch, aie, ouille...

Et pourtant, il reste quelques mauvais points à attribuer à Flash, ceux ci sont directement tirés de son statut de logiciel propriétaire.

On peut entre autre citer la non pérénité du format, rien n'oblige Adobe à continuer à livrer des versions de son player capables de lire les animations créées avec d'anciennes versions de flash. Alors qu'adviendra t'il de ces données dans 10 ans ? Un des avantages du numérique n'était-il pas la pérennité de l'information ?

Si demain, Adobe coule (certes il y a de la marge!), que deviendrait le format Flash ? De plus Flash est généralement plus lourd, plus gourmand en ressources qu'un contenu HTML, CSS, Javascript. Flash est également difficilement référençable, et pour cause, les robots des moteurs de recherches n'ont pas accès à ce qui se trouve "à l'intérieur de l'objet flash".

Vous l'aurez compris, ma conclusion sur un Flash accessible n'est pas resplendissante, cet article, censé démontrer tous les bienfaits du flash, me laisse perplexe. Son titre aurait pu être "Semantic Flash: Slippery, very Slippery". Je continue pourtant à penser que Flash est excellent sur les points où il est en position de monopole ou quasi monopole (intégration de la vidéo et du son au sein de pages web). Pour le reste, son format et quelques éternels défauts l'empêche de percer et de devenir l'outil adéquat pour de nouveaux usages. Alors oui je persiste et je signe, Flash n'est pas selon moi, un format adapté à d'autres usages que ceux auxquels il est actuellement employé (vidéo et son), et il ne le deviendra pas. J'irais même jusqu'à espérer l'intégration de formats ouverts aux principaux navigateurs afin de lire la vidéo et le son.

Je sais que cet article risque d'en faire réagir plus d'un, surtout venant d'un étudiant d'une formation multimédia où le Flash est très mis en avant. Aussi, je suis à l'écoute de ces réactions, et je m'accorde le droit de modifier le présent article si des erreurs ou approximations s'y sont glissées. Alors allez y, accablez moi, ou soutenez moi dans les commentaires.